Roubaisiens, nous sommes un peu aussi Algériens

Publié le 19 Décembre 2012

 

L’histoire de Roubaix est intimement liée à l’Algérie. Population algérienne, souvent devenue française, harkis, anciens combattants, pieds-noirs : le visage de nombreux Roubaisiens évoque, respire, parle de l’Algérie et de la guerre  et André Diligent, Maire de Roubaix de 1983 à 1994, a été le premier en France à nommer un adjoint d’origine algérienne. Nos histoires croisées, nos échanges permanents nous donnent une sensibilité particulière sur les rapports entre la France et l’Algérie.

 

A la veille de la visite du Président François Hollande en Algérie les 19 et 20 décembre prochain, les attentes de part et d’autre de la Méditerranée sont fortes. A Roubaix, ville multiculturelle s’il en est, où la population algérienne ou d’origine algérienne est si présente, nous souhaitons toujours pour les relations franco-algériennes, ce que furent De Gaulle et Adenauer ou Mitterrand et Kohl pour les relations franco-allemandes.

 

Depuis bien longtemps, nos deux peuples ont noué des contacts de nature familiale, culturelle ou économique. Alors que l’année du cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie touche à sa fin et que les anciens combattants des deux côtés de la Méditerranée nous le demandent, il est temps d’aller au bout de la réconciliation.

 

 

La réconciliation passe par ce dialogue nécessaire au partage des mémoires, fussent-elles diverses, et par la libération de la parole. Briser le silence, c’est aussi ce que nous avons voulu faire à Roubaix lors de notre déplacement à Rivesaltes avec une dizaine de Harkis roubaisiens. Tristement célèbre pour son camp de transit qui a hébergé des milliers de Harkis au sortir de la guerre dans des conditions inhumaines, la Ville doit accueillir un musée mémorial en 2015, grâce à la persévérance de Christian Bourquin, Président de la Région Languedoc Roussillon. Roubaix souhaite s’y investir pleinement car son histoire est liée à celle de Rivesaltes : Roubaix, de par son industrie textile, a accueilli l’une des plus grandes communautés de Harkis, à la recherche d’un emploi et d’un logement après avoir quitté l’Algérie. Beaucoup d’entre eux ont connu le choc de Rivesaltes et son régime quasi-militaire. Aujourd’hui, à Rivesaltes, le travail de mémoire est engagé et doit permettre aux plus jeunes de connaître aussi cette histoire dans l’Histoire.

 

A côté de ce travail de mémoire et de transmission dont nous sommes responsables en tant qu’élus locaux, la France doit, avec courage, aller au bout de ses responsabilités pour pouvoir aller au bout de la réconciliation, indispensable à l’avenir et la prospérité de nos deux peuples.

 

            Côté français, cela suppose de reconnaître les erreurs, dramatiques et douloureuses. Si à l’occasion de sa visite en Algérie qui peut devenir historique, notre Président François Hollande pouvait se rendre, se recueillir, exprimer son regret et ses excuses à Sétif par exemple, lieu de massacre par les troupes françaises, ce serait sans doute là un symbole très fort. De même si la France, à cette occasion, reconnaissait sans ambages et avec humilité sa responsabilité dans la colonisation, la guerre, dans l’abandon des harkis et leur accueil indigne dans les camps d’internement du sud de la France, si la France reconnaissait cette sombre période comme une insulte à notre histoire, nous aurions sans doute fait la part du chemin manquant vers la réconciliation, celle qui nous revient.

 

            Côté Etat algérien, dont on comprend bien sûr qu’il se vive comme principale victime et qui début juillet a célébré la fin de son combat pour l’indépendance, sans doute conviendrait-il aussi de reconnaître sa responsabilité dans les exactions, intervenues avant comme après le cessez-le-feu, à Skikda (anciennement Philippeville) ou Oran par exemple.

 

            L’histoire de nos deux grands pays reste à jamais meurtrie mais fusionnelle. Puisse notre destin commun, sans succomber à la tentation de l’oubli, s’unir avec la force de nos mémoires lucides et l’envie de construire ensemble. Nos peuples, notre jeunesse aspirent à davantage d’échanges économiques, culturels, scientifiques. Le projet Euroméditerranée pourrait trouver avec nos deux pays de nouvelles perspectives entraînantes pour les autres pays du pourtour méditerranéen.

 

Comme avec tous les autres pays, nous pouvons ne pas partager tous les points de vue de l’Algérie. Comme avec l’Allemagne, la France a avec l’Algérie, une responsabilité particulière. Mais notre histoire ne doit plus représenter un prétexte à la rancune et au manque de dynamisme. Le temps des historiens doit être respecté. Celui des politiques doit maintenant regarder définitivement vers l’avenir. Sans évocation des responsabilités réciproques, comment vouloir intégrer davantage les personnes issues de l'immigration à Roubaix ou ailleurs ?

 

            Personne n’a oublié les mains tendues et serrées l’une dans l’autre de Mitterrand et Kohl, à Verdun. François Hollande et Abdelaziz Bouteflika pourraient y trouver les ressorts et le symbole d’une réconciliation historique. Ici, à Roubaix, c’est notre souhait le plus cher. Comme c’est notre souhait le plus cher de voir nos deux pays se lancer plus encore dans des partenariats concrets au service de nos peuples et de nos habitants. Comme le soulignait Albert Camus aux heures les plus sombres de la guerre d’Algérie en 1956 : « tous les hommes doivent vivre ensemble, à la seule condition de faire quelques pas les uns au devant des autres, dans une confrontation libre ».  

 

 

Pierre Dubois                                                                                                                      

Rédigé par leblogdepierredubois

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LOUANCHI 25/12/2012 16:39


HARKIS :

lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news


En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de
Saint Laurent des arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du
village. A l'époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l'Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions
hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l' isolement total de la société française. Sur les quatre membres du commando
anonyme des cagoulés, un seul aujourd'hui se décide à parler.


 


35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser
le camp de la honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat.


 


Sur radio-alpes.net - Audio -France-Algérie : Le combat de
ma vie (2012-03-26 17:55:13) - Ecoutez: Hocine Louanchi
joint au téléphone...émotions et voile de censure levé ! Les Accords d'Evian n'effacent pas le passé, mais l'avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi) Interview du 26 mars 2012 sur radio-alpes.net