Moins d'utilisation, plus d'ambition!

Publié le 10 Février 2014

Moins d'utilisation, plus d'ambition!

« Et si Roubaix, au côté de La Redoute, devenait le haut lieu des technologies du commerce en ligne ? C’est le projet que dessine un élu de la ville. Son atout ? Des mètres carrés disponibles. »

C’est sur cette accroche que Nord Eclair s’est fait l’écho d’une idée proposée par le candidat UMP aux Municipales 2014 à Roubaix, opposant ce projet « plus tangible » aux actions menées par les maires de Roubaix, Tourcoing et Wattrelos, la présidente de LMCU et le Conseil Régional.

Dans le contexte actuel de chômage de masse et de perte d’emplois productifs, toute idée pour l’emploi mérite d’être examinée avec sérieux. Mais cette proposition est-elle sérieuse ?

Reprenons depuis le début. La Redoute a annoncé un objectif très brutal de 1178 suppressions d’emplois en 4 ans, sur les 3437 du Groupe. Les nouveaux dirigeants espèrent limiter les licenciements secs en privilégiant les « départs volontaires » et les préretraites.

Cette annonce brutale entre dans le cadre d’un plan de restructuration qui voit Kering, le groupe de luxe ultra-bénéficiaire céder la Redoute, promettant un retour à l’équilibre grâce à l’investissement de 80 m d’euros dans la logistique à Wattrelos et l’informatique pour corriger le déficit de performance de l’entreprise en délai de livraisons, diversité des collections.

Martine Aubry a avec justesse dénoncé le drame pour l’emploi de ces décisions qui frappent durement un territoire déjà meurtri.

Défendre les salariés c’est être offensif

La première erreur de Monsieur Delbar est de mettre en avant une apparence d’alternative. C’est une erreur d’appréciation, aux conséquences néfastes : le mot d’ordre doit être au contraire de conforter et moderniser le projet industriel de la Redoute, d’accompagner ses salariés et de garantir la réindustrialisation des sites libérés.

Ma première proposition est de faire de nouvelles propositions sur l’impact territorial de ces mesures. Elles font suite aux 700 suppressions d’emploi de 2008, à la liquidation de près de 500 intérimaires, sans compter l’impact tragique sur les emplois induits et les sous-traitants. Ce sont des milliers d’emplois et de familles qui sont touchées. Aussi je propose que complémentairement aux investissements promis, Kering exerce sa responsabilité sociale en créant avec la ville de Roubaix un fonds de développement de 20 M Euros par ans sur 5 ans qui permettrait de créer une entreprise de territoire sur le modèle du Groupe Archer à Romans. La création de cette entreprise de territoire pourrait être confiée au savoir-faire d’entreprises sociales présentes sur le territoire comme Vitamine T ou Alter Eos. L’enjeu serait de créer des activités productrices d’emploi sur le territoire afin de compenser l’impact négatif du recul de la VAD : formation aux emplois du développement durable et des technologies digitales, pôle d’artisans dans les métiers de transformation énergétique des bâtiments, soutien aux start up. C’est une mesure à la portée de ce groupe et qui lui assurerait un rôle enviable en termes d’innovation sociale.

Par ailleurs, les propositions des repreneurs devraient pouvoir être améliorées . Départs volontaires ? Pré-retraites, ce sera pour les uns la galère pour les autres la mort sociale. Ma seconde proposition est de renforcer le plan de formation aux nouveaux métiers de l’ensemble des salariés, y compris pour ceux qui seront victimes de licenciement du contrat de sécurisation professionnelle (en dérogeant à la règle qui réserve cette mesure aux entreprises de moins de 1000 salariés) de mobiliser pour les « préretraitables » les possibilités du mécénat de compétences qui permet à un salarié d’être mis à disposition d’un projet social ou éducatif pendant 5 ans en continuant à toucher son salaire. C’est redonner à coût égal voire inférieur une utilité sociale à ces travailleurs en mettant leurs compétences et leur expérience au service du territoire.

Ma troisième proposition est de demander un l’Etat un « droit à l’expérimentation » et de mettre en œuvre pour les intérimaires du territoire un projet de continuité sur 3 ans qui leur permettrait de cumuler selon les périodes salaires, formations et indemnités afin qu’un salaire correct et continu leur soit obtenu, ce qui renforcera leur compétence et stabilisera les budgets des familles

Des locaux disponibles dans un quartier à rénover

Revenons à la proposition « Bl@nchemaille ». Les locaux vides de la Redoute sont-ils un atout ? Apparemment, c’est juste de se dire que ces 45000 M2 libres qui sont un actif de la Redoute pourraient être acquis ou loués par LMCU pour réindustrialiser le site. Encore faut-il intégrer le relatif enclavement urbain qui interdit des flux constants de camions, le nécessaire modernisation de locaux et leur adaptation à de nouveaux usages. Ce n’est pas en quelques mois qu’on règle un tel problème.

Il faut aussi tenir compte de 2 problèmes : si Euratechnologies a décollé, c’est aussi parce que le cadre de cette opération, le quartier des Bois-Blancs a fait l’objet d’une rénovation complète. La reconversion des locaux de la Redoute qui est effectivement à l’agenda suppose en parallèle l’intervention massive de l’ANRU 2 sur l’Alma, y compris les secteurs d’habitat ancien dégradé. C’est donc en fait la création d’un « campus La Redoute » qu’il faut réaliser et non la simple réaffectation des locaux existants. Enfin il faut regarder de près le fait que de nombreuses entreprises de e-commerce ou en appui à cette filière sont déjà sur le territoire : vider les locaux occupés alors qu’il y a dans le Centre de nombreux bureaux disponibles n’est pas forcément une bonne idée.

C’est la seconde erreur de Guillaume Delbar: appuyer sa démonstration sur un avantage compétitif qui relève plus de la pensée magique.

VAD Valley, e-commerce Valley, Euratechnologies 2 : un titre accrocheur ne fait pas une stratégie

Venons-en au cœur du projet : un Euratechnologies 2 à Roubaix.

Le E-commerce est un secteur en plein essor et peut s’appuyer à Roubaix sur des atouts exceptionnels : un fort secteur de VAD avec les 3 suisses, Daxon, Damartex…, la grande distribution qui lance des projets de E-commerce, la Plaine Images qui peut apporter ses compétences ainsi que OVH, leader du cloud-computing qui propose des hébergements de site et services de cloud. Enfin, un fort secteur de formation avec l’EDHEC et le prochain campus de la distribution à 2 pas,sans compter l’Union.

Mais la filière e-commerce ce n’est pas que des sites web, c’est aussi de la logistique. Un pôle dédié au e-commerce à Roubaix n’aurait de sens que si la question d’une nouvelle offre logistique à Wattrelos est impliquée.

Faut-il ouvrir un Euratechnologies 2 à Roubaix ? Si Euratechnologies s’agrandit et alors que l’on constate que des start’up roubaisiennes s’y installent, la question mérite d’être étudiée, mais elle doit être adaptée au contexte local et nécessite une étude préalable dans un contexte où la VAD est très loin d’être concentrée dans la région mais plutôt en Région parisienne.

Il convient donc de marquer par un acte fort la volonté de faire de Roubaix le centre de gravité du e-commerce ; son but est d’y relocaliser le PICOM, pôle de compétitivité des métiers du Commerce, actuellement à Marcq-en-Baroeul, à Roubaix. Il n’est pas incohérent de voir le PICOM dans les locaux patronaux d’Entreprises et Cités mais le poids du patronat dans la gouvernance du pôle se fait aux dépens des collectivités locales.

Ce geste politique donnerait un signal fort et permettrait d’engager la réflexion sur la constitution avec la Région d’une offre de formation centrée sur les métiers du numérique (dont le E-commerce) et de la transformation énergétique des bâtiments. Par exemple, la création d’une académie ouverte du numérique, sur le modèle de « l’université Free », en partenariat avec les entreprises permettrait de s’adresser aux jeunes sans prérequis autre que leur talent et leur motivation. Les ressources sont nombreuses : le CFA du Bâtiment et le Lycée Loucheur, l’AFPA, OVH, la Plaine Images.

Ce projet qui pourrait être labellisé « troisième révolution industrielle « permettrait de renforcer l’offre économique du territoire tout en la rendant accessible aux jeunes roubaisiens.

C’est la 3° erreur de Guillaume Delbar : faire miroiter une enseigne sans prendre en compte les réalités locales et les besoins des roubaisiens

On voit par contre se dessiner avec mes propositions une vraie perspective, appuyée sur la mobilisation exceptionnelle des pouvoirs publics et des entrepreneurs pour une possible utilisation des locaux de la Redoute moins évanescente : un pôle de compétitivité, une entreprise de territoire, une école de formation performante, pourquoi pas la relocalisation d’entreprises de VAD du secteur, un tel pôle irriguerait une e-valley associant les talents de Roubaix, Tourcoing et Wattrelos et complèterait l’offre d’immobiliers de bureaux en diffus et Euratechnologies à Lille.

Rédigé par Pierre Dubois

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